Onpeut donc soutenir que la vérité est ce qui reste ouvert à la discussion, dès lors que celle-ci est sincère et soucieuse de faire progresser les
Peuton soutenir : "à chacun sa vérité" 926 mots 4 pages. Montre plus On pense souvent que la vérité est une affaire individuelle. Chaque homme en effet se forge sa propre conception du vrai, sans que celle-ci ne soit de fait et de droit communicable ou critiquable. Dire ainsi que les goûts et les couleurs ne se discutent pas est une façon de clore toute discussion éventuelle et de
Cen'est pas tout de dire la vérité, "toute la vérité", n'importe quand, comme une brute: l'articulation de la vérité veut être graduée: on l'administre comme un élixir puissant et qui peut être mortel, en augmentant la dose chaque jour pour laisser à l'esprit le temps de s'habituer. La première fois, par exemple, on racontera une histoire: plus tard, on dévoilera le sens
Ousont les vérités, existent - elles ?https://www.ecouteintuitive.com pour prendre rdvous : https://fb.me/21Ba9pI6IE8ANt
surla CULTURE ENCLINE au VIOL: il existe des sociétés sans culture du viol où il n’existe pas de sur les mécanismes de la mémoire traumatique ce qui peut aider à comprendre les comportements désorganisés et paradoxaux. Renverser la stratégie mise en place par l’agresseur (protéger, revaloriser, déculpabiliser, expliquer les mécanismes de l’emprise).
XS8h. Problématisation On se rend vite compte que sur une question plusieurs thèses, et donc différentes réponses sont possibles. Une question simple admet une seule réponse, elle peut être vite résolue ». Donc s’il y a plusieurs réponses possibles, c’est qu’il y a quelque chose » dans cette question qui n’est pas si simple, que dans certaines thèses quelque chose » n’est pas si simple et donc pose problème . Problématiser, c’est donc 1 d’abord se poser des questions sur la question parce que certaines thèses posent question, parce que le fait qu’il y ait plusieurs thèses possibles oblige à se poser des questions 2 puis essayer d'identifier ce qui n'est pas si simple et est la cause de ces différentes thèses ou de leurs limites 3 et enfin formuler sous la forme d’une question ce qui n'est pas si simple, ce qui pose problème Remarque pour problématiser, il faut donc d’abord envisager les réponses possibles puis analyser ce qui n’est pas si simple. Différentes manières de problématiser 1 Se poser des questions sur la question C’est qu’il peut donc y avoir différentes thèses réponses envisageables face à cette question. Ce qui n’est pas si simple si d’autres thèses peuvent être soutenues, envisagées, c’est qu’une thèse peut avoir des limites, être critiquée. Problème possible S’il semble possible de ne pas vouloir la vérité, ne peut-on pas avoir de meilleures raisons de la vouloir? 2 Essayer d'identifier ce qui n'est pas si simple C’est qu’il peut y avoir différentes définitions des termes du sujet et différents niveaux de compréhension de la question Vouloir 1 Avoir envie de , tendre spontanément, immédiatement vers ......= désirer on vise l’agréable 2 Désir de son désir désirer ou pas ce qu’on désire = idée de volonté qui sous-entend choix, évaluation des termes du choix et valeurs déterminant ce choix on vise le bon Donc sens 1≠sens 2 Pouvoir 1 Avoir la possibilité de... avoir la capacité de... 2 Avoir le droit de ... - du point de vue de la loi de l’État légalité - du point de vue de la loi morale moralité - du point de vue d’un droit naturel en conformité avec la nature » de l’homme Du coup, selon le sens attribué à certains termes de la question, une thèse peut être pertinente ou pas. Donc cela dépend du sens que l’on donne à la question. C’est ça qui pose problème, qui questionne. quel est le sens véritable de cette question? Problème possible Si on semble pouvoir ne pas désirer la vérité peut-on vraiment ne pas la vouloir, faire le choix réfléchir de l’erreur et de l’illusion? S’il semble être dans nos capacités de ne pas vouloir posséder la vérité, en a t-on vraiment le droit? 3 Formuler sous la forme d’une question ce qui pose problème C’est que certaines thèses reposent sur des prémisses. Du coup elles ne sont valides que si on admet ces prémisses. Or il est possible qu’on se rende compte en les examinant que ces prémisses posent question et du coup la thèse pose aussi question et on se rend compte que le problème est là . Ex il est possible de ne pas souhaiter la vérité car elle peut faire souffrir Mais soutenir cela, c’est présupposer - que le seul critère de nos choix, c’est le plaisir - que le seul critère de nos choix peut être légitimement le plaisir - que l’on est libre de choisir nos critères de choix - qu’on a le choix face à la vérité Du coup, selon ce qu’on admet ou pas au préalable, une thèse peut être justifiée ou pas. Donc cela dépend des prémisses admis. Problème possible Il semble possible de ne pas souhaiter posséder la vérité mais a-t-on vraiment le choix ? Introduction 1 Vouloir, c’est d’abord désirer, c’est tendre vers la représentation de la possession future d’un objet qu’on associe à un plaisir. Aussi il semblerait qu’on puisse ne pas souhaiter savoir ou entendre une vérité anticipée comme promesse de douleurs. Il y a en effet des vérités qu’on préférerait ne pas savoir. On peut penser à l’annonce de la mort d’un proche ou à la prise de conscience de notre propre mortalité. 2 Mais on peut penser que ce n’est pas une solution durable la vérité finira sans doute par éclater au grand jour. Il faudra se confronter à la réalité 3 Aussi on peut se demander si on peut vraiment ne pas vouloir la vérité. 4 Ce qui pose problème , c’est que même si on peut ne pas désirer la vérité, peut-on vraiment choisir de céder à ce désir ? 5 Nous allons donc nous demander s’il n’est possible d’envisager un refus de la vérité et donc un désir d’être dans l’ignorance, le faux et si pour autant il peut s’agir d’une véritable volonté et si on n’a pas en un sens le devoir de ne pas fuir la vérité et même celui de la chercher. I. Il semble possible de ne pas désirer la vérité Argument n° 1 la vérité peut faire souffrir Étape 1 prémisse n°1 si on part du principe que les hommes sont des être sensibles, capable de plaisirs et de douleurs Etape 2 alors ils tendent naturellement vers ce qui leur procure du plaisir et fuient le déplaisir chacun - et même tout être sensible - en fait l’expérience, même le masochiste fuit le déplaisir Etape 3 Or La vérité peut être douloureuse Ex annonce d’un échec, d’une maladie, de la fin d’un amour DONC il est donc possible de fuir la vérité pour ne pas souffrir Argument n° 2 la vérité peut ne pas être nécessaire à la vie Etape 1 si on part du principe que ce qu’on veut, c’est ce que l’on désire Etape 2 on désire ce que l’on juge bon pour nous et le bon peut être défini comme ce qui nous est utile pour vivre, pour vivre bien Etape 3 vivre, bien vivre c’est arriver à faire sa place dans la société et à se défendre face aux autres Etape 4 Or la vérité ne le garantit pas et peut même mettre en danger EX Socrate, le philosophe descendant dans la caverne, celui qui ne veut pas mentir, celui qui est obséder par la recherche de la vérité , Thalès tombant dans un puits à force de contempler les étoiles .. DONC il est possible pour sa vie de ne pas désirer la vérité la savoir ou la chercher. Référence c’est même ce que conseille Calliclès à Socrate dans le Gorgias Argument n°3 la vérité semble difficile à atteindre Ex En sciences, la vérité est approchée par rectification d’erreurs successives, vérité provisoire... . Efforts coûteux et peut-être même stériles. Transition 1 Nous venons donc de voir qu’il semblerait possible de ne pas désirer la vérité car elle peut faire souffrir et ne pas nous être utile et même être une dépense d’énergie stérile. 2 Mais ne peut- on pas distinguer désirer et vouloir? En effet on peut désirer ce qu’on ne veut pas en réalité et à l’inverse ne pas vouloir qu’on désire. On peut penser dans le premier cas au cas de l’acrasie où on voit le meilleur, on l’approuve mais on fait le pire car on est soumis à la perspective du plaisir immédiat ou à notre corps. La volonté présuppose à l’inverse une activité de choix, une maîtrise de soi et de ses désirs. Quand on veut quelque chose, c’est qu’on l’a décidé et on s’y tient contre les caprices de nos désirs ou les séductions du moment. Et on peut décider de dire non à nos désirs ou de s’imposer quelque chose de peu agréable mais qu’on juge bon par nous. C’est la volonté de réussir dans ses études qui peut pousser un élève à refuser la proposition d’une soirée par exemple. 3 Aussi on peut se demander si on peut vraiment faire le choix délibéré de l’ignorance, vouloir vraiment ne pas connaître ou chercher à connaître la vérité. II. Il n’est pas possible de vraiment ne pas vouloir la vérité sachant que vouloir ≠désirer Argument n°1 la connaissance de la vérité peut faire qu’on souffre moins dans l’existence Etape 1 reprise prémisse n°1 Si les hommes tendent naturellement vers ce qui leur procure du plaisir et fuient le déplaisir Etape 2 MAIS critique d’étape 3 de l’argument 2 si la vérité peut être douloureuse, l’ignorance l’est tout autant et même plus Etape 3 OR la connaissance de la vérité peut libérer de croyances qui nous rendent malheureux Thèse d’Epicure DONC le choix de la vérité est en réalité un meilleur calcul , un calcul plus rationnel, du point de vue du plaisir Argument n°2 la connaissance de la vérité peut être source d’une satisfaction plus grande que celle de l’ignorance Etape 1 reprise prémisse n°1 Si les hommes tendent naturellement vers ce qui leur procure du plaisir et fuient le déplaisir Etape 2 Mmais ils ne veulent pas pour autant n’importe quelle forme de plaisir , ils visent le plaisir le plus durable et celui qui est suivi de moins de souffrance Etape 3 Or le plaisir de l’ignorance peut ne pas durer et la révélation sera d’autant plus douloureuse que l’on aura tardé à la connaître dissipation de l’illusion DONC on ne pas peut vraiment vouloir ignorer la vérité. Argument n°3 nous sommes des hommes on ne peut préférer le plaisir ou même le bonheur à la vérité Critique de la prémisse n°1 et du temps 3 de l’argument 2 Transition 1 Nous venons donc de voir que finalement nous ne pouvons pas ne pas vouloir la vérité car la vérité est plus satisfaisante que l’ignorance, elle permet de délivrer de la souffrance et est plus utile à l’homme qui est d’abord un être de raison , même si elle peut être parfois difficile à entendre ou accepter ou trouver 2 Ne peut on pas même penser que l’homme n’a pas le droit de ne pas vouloir la vérité en tant qu’être doué de raison? III. Non seulement, ce n’est pas possible mais on n’en a pas le droit 2ème sens de peut-on Argument n°1 la dignité de l’homme ne lui en donne pas le droit Etape 1 L’homme est un être pensant, doué de raison capable de juger et de discerner le vrai du faux. Etape 2 "Toute notre dignité consiste donc en la pensée » comme le disait Pascal // Kant Etape 3 OR Cette dignité implique le respect, y compris de soi et le respect impose de faire certaines choses et de renoncer à d’autres. Etape 4 tout n’est pas permis , Etape 5 Il n’est pas permis à l’homme de ne pas penser et donc de chercher la vérité , il n’en a pas le droit en tant qu’homme Argument n°2 La morale ne l’autorise pas Conclusion 1 Il s’agissait de savoir si le désir de l’illusion et de l’ignorance pouvait être une véritable volonté, si on pouvait avoir des raisons de se détourner de la vérité et de sa recherche. 2 Même si la vérité peut être désagréable, même si elle peut ne pas être utile pour réussir dans la vie et parfois difficile à atteindre, elle est nécessaire pour réussir sa vie en tant qu’homme. C’est le paradoxe de l’homme, il sait le confort que pourrait lui offrir l’ignorance, que la quête de la vérité est peut-être sans fin et que sa possession n’est pas facile mais il ne peut se résoudre à mener volontairement une vie d’ignorance et en un sens il ne le doit pas, s’il veut être à la hauteur de son humanité. L’homme peut ne pas désirer la vérité mais il ne peut pas ne pas la vouloir, il n’en a pas le droit naturel voire moral.
Sujet corrigé de l'épreuve du BAC L 2010 de Philosophie Sujet numéro 1 - dissertation La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée ? Introduction La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée ? Quelle relation l’homme a-t-il avec sa quête de la vérité et la connaissance en général ? Comment comprendre le concept de vérité ? Nous savons que dans l’antiquité, la contemplation dominait et était le centre d’intérêt essentiel recherché pour atteindre le bonheur, la vérité ne vaudrait pas pour les philosophes anciens pour elle-même, elle aurait une autre finalité qu’elle-même, qu’en est-il des penseurs modernes, ont-ils toujours la même vision de la vérité ? Nous verrons dans un premier temps que la vérité est recherchée pour elle-même et en antithèse, nous poserons la thèse contraire, en dernier point, nous montrerons que l’utile n’est pas l’utilitaire. Les meilleurs professeurs de Philosophie disponibles4,9 17 avis 1er cours offert !5 152 avis 1er cours offert !5 77 avis 1er cours offert !5 63 avis 1er cours offert !5 24 avis 1er cours offert !5 15 avis 1er cours offert !5 14 avis 1er cours offert !5 20 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !5 152 avis 1er cours offert !5 77 avis 1er cours offert !5 63 avis 1er cours offert !5 24 avis 1er cours offert !5 15 avis 1er cours offert !5 14 avis 1er cours offert !5 20 avis 1er cours offert !C'est partiDéveloppement Thèse I – La vérité est désintéressée 1 – L’homme rechercherait la vérité pour la vérité et ce qu’elle est en elle-même, nous retrouvons cette aspiration chez les penseurs dans l’antiquité et en particulier dans la théorie de la contemplation des idées, on peut citer Platon qui met en avant l’importance du savoir nous renvoyant hors de la caverne vers le monde intelligible, loin du sensible et du monde des illusions qui nous réduit à une vision empirique des choses, entretenant ainsi l’ignorance qui s’ignore. Le philosophe incarne celui qui est en quête de ce savoir, de sagesse et de vérité. 2 – Nous pouvons aussi défendre la thèse selon laquelle la recherche de la vérité serait désintéressée à condition de poser la vérité comme une valeur, tout comme le sont le bon et le beau qui vaudrait pour elle-même et qui serait désirable en soi. Mais peut-on vraiment défendre jusqu’au bout cette recherche d’une vérité valant pour elle-même, désintéressée, ne peut-on pas opposer à cette thèse l’idée selon laquelle la recherche de la vérité est utilitaire ? Antithèse II. La recherche de la vérité n’est pas désintéressée 1 – L’idée qu’il existerait une recherche de la vérité désintéressée semble incompatible avec la nature profonde de l’homme qui vise toujours une fin particulière, en effet, souvent la recherche de la vérité est utilitaire car l’homme ne peut agir sans intérêt. 2- Il semblerait donc que la recherche de la vérité soit utilitaire. On voit au niveau historique que cela se vérifie, il s’agit en fait de connaître le passé pour s’en libérer. On pourrait en outre citer l’exemple de la psychanalyse, la thérapie psychanalytique propose de mieux se connaître et de guérir des maux par les mots. 3 – L’idée de pragmatisme de William James va dans le sens d’une recherche de la vérité intéressée, il affirme, est vrai ce qui permet de prévoir d’agir efficacement » Si l’on soutient la thèse d’une vérité intéressée, devons-nous pour autant soutenir celle de l’utile qui ne se réduit pas à l’utilitaire ? Synthèse III. L’utile ne se réduit pas à l’utilitaire 1. L’utile est-il l’utilitaire ? Nous voyons que la vérité a une connotation positive, il s’agit de nous confronter au réel et de prévenir, d’agir en conséquence, ainsi, l’homme développant la connaissance et la conscience serait plus apte à agir qu’un homme ignorant. D’une certaine manière, nous pourrions affirmer que la recherche de la vérité serait un facteur de liberté. Cette idée est soutenue par Spinoza. 2. L’intérêt de la vérité n’est pas nécessairement incompatible avec le souci du vrai mais il y a des exigences à respecter comme par exemple la nécessité pour une théorie de s’accorder avec le réel et de respecter l’objectivité. Vous cherchez un cour de philosophie ? Conclusion Ainsi, nous avons vu dans notre thèse que la recherche de la vérité n’est pas intéressée si l’on se réfère à la théorie de la contemplation platonicienne des idées et si l’on pose la vérité comme une valeur, mais notre antithèse nous permet de vérifier le contraire et d’affirmer que ce point de vue n’est pas compatible avec la nature de l’homme et le pragmatisme de James. C’est pourquoi nous pourrions conclure en affirmant que intéressée » ou désintéressée », le souci du vrai domine et la quête de la vérité doit se poursuivre pour l’homme.
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RĂ©sumĂ© Index Plan Texte Bibliographie Notes Citation Auteur RĂ©sumĂ© La rĂ©flexion spinoziste sur la vĂ©ritĂ© dĂ©gage deux propriĂ©tĂ©s de l’idĂ©e vraie – l’adaequatio et la convenientia – dont l’articulation exacte pose quelques difficultĂ©s d’interprĂ©tation. Le problème principal consiste Ă savoir si ces deux propriĂ©tĂ©s renvoient Ă deux thĂ©ories de la vĂ©ritĂ© qui s’opposent vĂ©ritĂ©-cohĂ©rence et vĂ©ritĂ©-correspondance ou Ă deux aspects qui se complètent d’une façon harmonieuse dans une seule conception de la vĂ©ritĂ©. L’objectif de cet article est de prĂ©senter quelques remarques qui soutiennent la seconde option et Ă©clairent l’originalitĂ© de la conception spinoziste de la vĂ©ritĂ©. Haut de page EntrĂ©es d’index Haut de page Texte intĂ©gral 1Dans cet article, je voudrais prĂ©senter quelques remarques sur le problème de la vĂ©ritĂ© chez Spinoza. NĂ©anmoins, il faut d’abord prĂ©ciser que sous la rubrique problème de la vĂ©ritĂ© », il se trouve en rĂ©alitĂ© un ensemble de questions distinctes bien qu’essentiellement liĂ©es entre elles. Par problème de la vĂ©ritĂ© » on doit d’abord comprendre le problème qui porte sur la dĂ©termination de la nature ou essence de la vĂ©ritĂ©. Il s’agit de rĂ©pondre Ă la question 1 sur la signification du terme vĂ©ritĂ© ». Ensuite, il s’agit de poser les questions qui portent sur les conditions de possibilitĂ© de la vĂ©ritĂ©, c’est-Ă -dire de rĂ©pondre aux questions suivantes 2 Etant donnĂ©e la dĂ©finition de la vĂ©ritĂ©, quelles conditions gĂ©nĂ©rales, du point de vue de l’absolu, doivent ĂŞtre remplies pour qu’il y ait des idĂ©es vraies ? 3 Ensuite, quelles conditions particulières doivent ĂŞtre remplies pour que nous, du point de vue de l’âme humaine, ayons des idĂ©es vraies ? 4 Finalement, quelles conditions doivent ĂŞtre remplies pour que nous sachions que nous avons des idĂ©es vraies, c’est-Ă -dire pour que nous puissions reconnaĂ®tre les idĂ©es vraies et les distinguer de celles qui sont fausses ? C’est le problème du critère de vĂ©ritĂ©. 2L’ordre des ces questions n’est pas fortuit. En effet, il semble bien que pour rĂ©pondre aux questions 2, 3 et 4, il nous faut d’abord rĂ©pondre Ă celle qui porte sur la nature de la vĂ©ritĂ©, puisque c’est cette rĂ©ponse qui nous permettra de dĂ©terminer le sens prĂ©cis Ă apporter aux mots vrai » et vĂ©ritĂ© » prĂ©sents dans ces questions. 3NĂ©anmoins, la liaison entre elles, surtout entre la première et la dernière, n’est pas dĂ©pourvue d’une certaine tension interne. Selon certains philosophes, par exemple Russell et Popper, nous devons distinguer soigneusement l’investigation qui porte sur la dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© de celle qui concerne le critère de vĂ©ritĂ©, et nous ne devons pas espĂ©rer que cette dĂ©finition nous apporte un critère pour reconnaĂ®tre la vĂ©ritĂ© d’un jugement donnĂ©. Selon eux, la première question est complètement indĂ©pendante de la dernière. D’autres, par exemple les pragmatistes et Dummet, soutiennent que toute recherche sur le concept de vĂ©ritĂ© resterait vide si elle n’était pas susceptible de nous montrer comment nous pouvons reconnaĂ®tre la vĂ©ritĂ© d’un jugement donnĂ©. Pour eux, la rĂ©ponse Ă apporter Ă la première question dĂ©pend de la prise en considĂ©ration de l’exigence exprimĂ©e par la dernière. 1 Il [Cherbury] examine ce que c’est que la vĂ©ritĂ© ; et pour moi, je n’en ai jamais doutĂ©, me sembl ... 4Mais que la question concernant la dĂ©termination de la nature de la vĂ©ritĂ© soit considĂ©rĂ©e comme un problème », voilĂ qui a quelque chose de problĂ©matique ou de paradoxal en soi. En effet, si nous ne savions pas d’emblĂ©e ce qu’est la vĂ©ritĂ©, comment pourrions-nous l’apprendre ? Quelles raisons aurions-nous d’accepter une certaine dĂ©finition parmi les diverses dĂ©finitions possibles ? Bref, comment trouverions-nous la vraie dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© ? Ce problème a Ă©tĂ© posĂ© par Descartes dans une lettre bien connue adressĂ©e Ă Mersenne le 16 octobre 1639. Descartes y affirme que la notion de vĂ©ritĂ© est si transcendantalement claire, qu’il est impossible de l’ignorer »1. Sa solution pour ce problème consiste Ă affirmer que nous avons une connaissance naturelle » de la notion de vĂ©ritĂ©, dĂ©finie nominalement par la conformitĂ© de la pensĂ©e avec l’objet. Pour lui, donc, le problème de la vĂ©ritĂ© » renvoie essentiellement au problème qui consiste Ă trouver et Ă fonder un critère de vĂ©ritĂ©, le sens du terme vĂ©ritĂ© », quant Ă lui, Ă©tant tout Ă fait clair et naturellement donnĂ© Ă l’esprit. 5On peut Ă©videmment accorder Ă Descartes que si nous n’avions pas une comprĂ©hension naturelle du sens de la vĂ©ritĂ©, comprĂ©hension Ă laquelle nous pouvons et devons faire appel pour nous guider dans notre investigation, nous resterions dans un vide conceptuel qui ne pourrait ĂŞtre rempli que par un choix arbitraire parmi les multiples dĂ©finitions possibles. NĂ©anmoins, on n’est pas forcĂ© de croire que cette connaissance naturelle soit aussi transcendantalement claire qu’elle semble l’être pour Descartes, ni non plus qu’elle Ă©puise le contenu du concept de vĂ©ritĂ©. On peut très bien soutenir que ce que nous connaissons naturellement de la vĂ©ritĂ© et que nous expliquons quid nominis, c’est-Ă -dire la dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ©, ne porte que sur la propriĂ©tĂ© ou dĂ©nomination extrinsèque de l’idĂ©e vraie et que cette dĂ©finition, correspondant Ă un niveau encore superficiel de la rĂ©flexion sur l’idĂ©e vraie, ne fournit que le point de dĂ©part pour une recherche plus approfondie sur la nature de la vĂ©ritĂ©. 6Tout se passe comme si cette dĂ©finition n’était qu’un instrument naturel premier, encore partiel et imparfait, Ă l’aide duquel l’âme, par un mouvement rĂ©flexif, pourrait progresser dans le sens d’un approfondissement de la comprĂ©hension de la forme de l’idĂ©e vraie. Or, cet effort rĂ©flexif, ce questionnement qui porte sur le concept mĂŞme de vĂ©ritĂ©, soit pour prĂ©ciser Ă quoi il s’applique, soit pour en dĂ©gager d’autres dĂ©terminations que celle apportĂ©e par la dĂ©finition nominale, nous semble s’accorder avec la dĂ©marche effective de la pensĂ©e spinoziste. Tout au long de son Ĺ“uvre, du Court TraitĂ© et du TraitĂ© de la RĂ©forme de l’Entendement Ă l’Éthique, Spinoza examine de façon critique la conception de la vĂ©ritĂ© comme correspondance, afin d’expliciter non seulement ses conditions de possibilitĂ©, mais aussi et surtout, de la complĂ©ter avec une propriĂ©tĂ© ou dĂ©nomination intrinsèque qui permette, d’une part, d’expliquer que nous puissions savoir avec certitude que nous avons des idĂ©es vraies, et, d’autre part, de fournir Ă la perspective Ă©thique un principe explicatif de la supĂ©rioritĂ© interne du sage sur l’ignorant. 2 Cf. chap. XV, deuxième partie. GI/78 G » renverra toujours Ă Spinoza Opera, Ă©d. Carl Gebhardt, 5 ... 7En effet, la simple correspondance entre la pensĂ©e et son objet n’est pas capable d’apporter une rĂ©ponse satisfaisante aux trois questions qui fournissent le fil conducteur de l’investigation spinoziste sur la vĂ©ritĂ©, et qui sont formulĂ©es de la façon suivante aussi bien dans le Court TraitĂ©2 que dans l’Éthique 3 Éthique II, Proposition XLIII, scolie. GII/124. Si une idĂ©e vraie, en tant qu’elle est dite seulement s’accorder avec ce dont elle est l’idĂ©e, se distingue d’une fausse, une idĂ©e vraie ne contient donc aucune rĂ©alitĂ© ou perfection de plus qu’une fausse puisqu’elles se distinguent seulement par une dĂ©nomination extrinsèque, et consĂ©quemment un homme qui a des idĂ©es vraies ne l’emporte en rien sur celui qui en a seulement des fausses ? Puis d’oĂą vient que les hommes ont des idĂ©es fausses ? Et enfin, d’oĂą quelqu’un peut-il savoir avec certitude qu’il a des idĂ©es qui conviennent avec leurs objets ?3 8Parmi ces trois questions, la première, bien qu’étant sĂ»rement celle oĂą se manifeste la fin ultime qui dirige la pensĂ©e de Spinoza, ne nous concernera pas directement ici. Cela signifie que nous n’allons pas examiner les effets de l’exigence Ă©thique sur la dĂ©termination du concept de vĂ©ritĂ© chez Spinoza. Parmi les deux autres questions, c’est surtout celle concernant la possibilitĂ© de savoir avec certitude que nous avons des idĂ©es vraies qui doit retenir notre attention. En effet, celle-ci renvoie au problème du critère de vĂ©ritĂ© et c’est elle qui, dans un rapport de tension avec la dĂ©termination prĂ©alablement donnĂ©e de la nature de la vĂ©ritĂ©, met en marche l’approfondissement de la rĂ©flexion concernant la forme de l’idĂ©e vraie. 9La rĂ©ponse Ă ces questions repose sur l’introduction de la dĂ©nomination intrinsèque de l’idĂ©e vraie, c’est-Ă -dire sur la notion spinoziste d’adaequatio. C’est cette notion qui permet d’expliquer que la vĂ©ritĂ© soit norme d’elle-mĂŞme et du faux, et qui exclut le recours Ă une marque ou Ă un signe extrinsèque qui serait nĂ©cessaire pour nous faire reconnaĂ®tre cette vĂ©ritĂ© ; c’est elle qui fonde l’identification spinoziste entre l’idĂ©e vraie et la certitude et qui explique qu’une idĂ©e vraie ait plus de rĂ©alitĂ© qu’une fausse. 10L’investigation de Spinoza nous met ainsi devant deux aspects de l’idĂ©e vraie, l’un intrinsèque et l’autre extrinsèque. Tout le problème consiste Ă savoir si entre ces deux aspects il y a tension, contradiction ou complĂ©mentaritĂ© harmonieuse. Y a-t-il chez Spinoza deux thĂ©ories de la vĂ©ritĂ© qui s’opposent ou deux aspects qui se complètent dans une conception consistante de la vĂ©ritĂ© ? La rĂ©ponse Ă ces questions partage les interprètes du spinozisme. 11Certains soutiennent qu’il y a dans l’Éthique une coexistence harmonieuse entre la conception de la vĂ©ritĂ© comme correspondance et celle de la vĂ©ritĂ© comme cohĂ©rence, liĂ©e Ă la notion spinoziste d’adaequatio. Ainsi, R. Landim affirme 4 R. Landim, La notion de vĂ©ritĂ© dans l’Éthique de Spinoza », in Groupe de recherches spinozistes n ... Ces questions posĂ©es par la dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© trouvent dans l’Éthique de Spinoza une rĂ©ponse aussi subtile qu’originale. Dans l’Éthique les deux thĂ©ories de la vĂ©ritĂ© coexistent. Si la vĂ©ritĂ© est en premier lieu correspondance, c’est par une sorte de cohĂ©rence que la vĂ©ritĂ© s’impose Ă l’homme comme correspondance4. 12D’autres, comme F. AlquiĂ©, ont insistĂ© sur le caractère conflictuel de cette coexistence. Il parle d’une certaine tension inhĂ©rente au concept spinoziste de la vĂ©ritĂ© », tension qui renvoie Ă la difficultĂ© de concilier les trois affirmations suivantes 5 F. AlquiĂ©, Le Rationalisme de Spinoza, PUF, coll. ÉpimĂ©thĂ©e, Paris, 1981, p. 212. [1] La vĂ©ritĂ© est intĂ©rieure Ă la pensĂ©e, et se dĂ©finit, non par son rapport avec la chose, mais par une dĂ©nomination intrinsèque ; [2] la vĂ©ritĂ© est sa propre marque, son propre signe, et celui qui possède une idĂ©e vraie ne peut douter de sa vĂ©ritĂ© ; [3] la vĂ©ritĂ©, malgrĂ© les deux caractères prĂ©cĂ©dents, est accord de l’idĂ©e et de la chose5. 6 Ce sont ceux, comme S. Hampshire ou H. Joachim, qui considèrent que Spinoza soutient exclusivement ... 7 Ce sont ceux, comme E. Curley ou J. Bennett, pour lesquels Spinoza adopte exclusivement la concepti ... 13D’autres encore, face Ă cette tension et dĂ©sespĂ©rant de la rĂ©soudre, ont choisi de la supprimer en privilĂ©giant exclusivement soit les passages de Spinoza qui vont dans le sens de deux premières affirmations, interprĂ©tĂ©es comme exprimant une certaine version de la thĂ©orie de la vĂ©ritĂ© comme cohĂ©rence6, soit les passages qui vont dans le sens de la dernière affirmation, assimilĂ©e Ă la thĂ©orie de la vĂ©ritĂ© comme correspondance7. 14Bien entendu, le procĂ©dĂ© qui consiste Ă supprimer la tension par l’élimination d’un de ses termes n’est pas lĂ©gitime ici. Il le serait si l’on pouvait montrer que ces affirmations renvoient Ă des moments diffĂ©rents de la pensĂ©e de l’auteur, c’est-Ă -dire si l’on pouvait dissoudre la tension dans la considĂ©ration de l’évolution de la pensĂ©e de Spinoza. Mais tel n’est pas le cas puisque cette tension est prĂ©sente aussi bien dans le Court TraitĂ©, que dans le TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement et dans l’Éthique. Ainsi, ou bien il est possible de rĂ©soudre conceptuellement cette tension, ou bien il faut avouer qu’elle renvoie Ă une conception incohĂ©rente de la vĂ©ritĂ©. 8 En particulier, il n’est pas possible de dĂ©velopper ici l’analyse dĂ©taillĂ©e de la notion d’idĂ©e adĂ© ... 15Dans cette Ă©tude, mon objectif est de prĂ©senter quelques remarques qui permettent de soutenir la première de ces deux options. Il me semble qu’il n’y a pas nĂ©cessairement d’exclusion mutuelle entre la thĂ©orie de la vĂ©ritĂ© comme cohĂ©rence et celle de la vĂ©ritĂ© comme correspondance, mais plutĂ´t un rapport de complĂ©mentaritĂ©. J’essaierai de montrer que l’originalitĂ© de Spinoza consiste prĂ©cisĂ©ment Ă supprimer cette fausse opposition et Ă faire de l’adaequatio et de la convenientia deux aspects complĂ©mentaires du concept de vĂ©ritĂ©. L’idĂ©e vraie, pour ĂŞtre pleinement vraie, doit satisfaire Ă une double condition ĂŞtre adĂ©quate cohĂ©rente et s’accorder avec son objet. Sans pouvoir examiner ici la totalitĂ© des aspects enveloppĂ©s dans cette question8, je prĂ©tends seulement indiquer quelques Ă©lĂ©ments qui, permettant d’éliminer la tension signalĂ©e par F. AlquiĂ©, rendent possible cette complĂ©mentaritĂ© et illuminent l’originalitĂ© de la rĂ©flexion spinoziste sur la nature de la vĂ©ritĂ©. Qu’il y a un rapport de complĂ©mentaritĂ© entre adaequatio et convenientia 9 Éthique I, axiome VI. 16Il faut remarquer avant tout que Spinoza ne prĂ©sente pas dans l’Éthique, ni dans le TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement, une dĂ©finition en bonne et due forme et explicite de la vĂ©ritĂ©. Dans l’Éthique, la traditionnelle dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ© n’est pas prĂ©sentĂ©e sous forme de dĂ©finition, mais sous forme d’axiome l’idĂ©e vraie doit debet s’accorder convenire avec son idĂ©at »9. On ne doit pas penser que la substitution de l’énoncĂ© sous forme d’axiome Ă l’énoncĂ© dĂ©finitionnel soit gratuite. En effet, les dĂ©finitions portent sur l’essence des choses et sur leurs affections, tandis que les axiomes concernent surtout les relations entre les choses. Ainsi, la mise en forme axiomatique de la dĂ©finition nominale vise Ă indiquer que celle-ci ne porte que sur la relation extrinsèque de l’idĂ©e vraie Ă l’objet, sans nous renseigner en quoi consiste l’idĂ©e vraie prise en elle-mĂŞme. 10 Je ne reconnais aucune diffĂ©rence entre l’idĂ©e vraie et l’idĂ©e adĂ©quate, sinon que le mot “vraie” ... 17C’est dans l’Éthique II, dĂ©finition IV, que Spinoza considère l’idĂ©e vraie par sa propriĂ©tĂ© intrinsèque, c’est-Ă -dire par son adĂ©quation J’entends par idĂ©e adĂ©quate une idĂ©e qui, en tant qu’on la considère en elle-mĂŞme, sans relation Ă l’objet, a toutes les propriĂ©tĂ©s ou dĂ©nominations intrinsèques d’une idĂ©e vraie. Explication Je dis intrinsèques pour exclure celle qui est extrinsèque, Ă savoir, l’accord de l’idĂ©e avec l’objet dont elle est l’idĂ©e ». Que l’adaequatio et la convenientia soient deux propriĂ©tĂ©s distinctes et complĂ©mentaires d’une seule et mĂŞme idĂ©e, c’est ce que Spinoza affirme clairement dans la lettre 60 Ă Tchirnhaus10. IdĂ©e adĂ©quate » et idĂ©e vraie » sont deux dĂ©nominations distinctes pour dĂ©signer une seule et mĂŞme idĂ©e, selon que nous considĂ©rons cette idĂ©e unique soit dans sa nature, abstraction faite de son rapport Ă l’objet, soit dans son rapport Ă l’objet. Voyons donc ce qui rend possible cette complĂ©mentaritĂ©. 18Je prendrai comme fil conducteur de mon analyse le § 69 du TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement Quant Ă ce qui constitue la forme du vrai, il est certain que la pensĂ©e vraie ne se distingue pas seulement de la fausse par une dĂ©nomination extrinsèque, mais surtout par une dĂ©nomination intrinsèque. 19L’emploi de l’adverbe surtout » dans ce passage marque nettement la primautĂ© de la dĂ©nomination intrinsèque par rapport Ă l’extrinsèque, mais l’affirmation de la subordination de cette dernière Ă la prĂ©cĂ©dente n’équivaut pas Ă l’affirmation de son exclusion au profit de la première. NĂ©anmoins, les exemples donnĂ©s ensuite par Spinoza semblent aller dans le sens d’une vĂ©ritable exclusion. En effet, il poursuit 11 GII/26. Si un ouvrier conçoit un ouvrage avec ordre, bien que cet ouvrage n’ait jamais existĂ© et mĂŞme ne doive jamais exister, sa pensĂ©e est nĂ©anmoins vraie que l’ouvrage existe ou non, cette pensĂ©e est la mĂŞme. Et au contraire, si quelqu’un dit, par exemple, que Pierre existe, sans savoir cependant que Pierre existe, sa pensĂ©e, par rapport Ă lui, est fausse, ou, si l’on prĂ©fère, n’est pas vraie, quoique Pierre existe effectivement. Et cette proposition Pierre existe, n’est vraie qu’en ce qui concerne celui qui sait avec certitude que Pierre existe11. 20Le deuxième exemple affirme clairement que le simple accord entre une affirmation et l’état de choses auquel elle renvoie n’est pas une condition suffisante pour qu’elle soit vraie, tandis que le premier exemple semble aller plus loin et affirmer qu’il n’est pas non plus une condition nĂ©cessaire de la vĂ©ritĂ©, puisque le plan conçu par l’ouvrier est dit vrai » indĂ©pendamment de l’existence de son objet. 12 Cf. Éthique I, Proposition VIII, scolie 2 ; Éthique II, Proposition VIII ; Éthique V, Proposition X ... 13 Selon Spinoza, le contraste entre l’existence Ă©ternelle et l’existence temporelle n’est pas un cont ... 14 Cf. les § 41, § 42, § 85, § 91 et § 99. 15 Cf. Éthique II, Propositions XXXII et XXXIV ; Proposition XLI, dĂ©monstration ; Proposition XLIII, d ... 21NĂ©anmoins, il est possible d’interprĂ©ter le premier exemple, Ă la lumière de certaines thèses mĂ©taphysiques soutenues par Spinoza dans l’Éthique12, comme affirmant simplement que la vĂ©ritĂ© d’une pensĂ©e construite d’une façon ordonnĂ©e ne dĂ©pend pas de son accord avec quelque chose qui existe dans la durĂ©e, sans que cela signifie qu’elle ne s’accorde avec une essence Ă©ternelle contenue dans un attribut de Dieu. En effet, Ă©tant donnĂ© que le nĂ©cessitarisme de Spinoza entraĂ®ne que tout ce qui est concevable possède un certain type d’actualitĂ© extra-mentale, il est lĂ©gitime d’affirmer qu’il n’y a pas d’idĂ©e vraie qui ne s’accorde avec un objet douĂ© d’actualitĂ©, que cette actualitĂ© soit l’existence temporelle de la chose ou l’existence Ă©ternelle de son essence13. Toute idĂ©e vraie a donc une portĂ©e existentielle et une dĂ©nomination extrinsèque. Cette lecture permet de maintenir la prĂ©sence constante de la dĂ©nomination extrinsèque de l’idĂ©e vraie indiquĂ©e au dĂ©but du § 69, affirmĂ©e dans d’autres paragraphes du TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement14 et dans plusieurs passages de l’Éthique15. 16 Cf. ibid., Proposition XLIII, scolie. 22Parmi les deux dĂ©nominations de l’idĂ©e vraie, c’est surtout l’intrinsèque qui constitue la forme du vrai. C’est elle, en effet, qui permet de considĂ©rer l’idĂ©e vraie comme ayant plus de rĂ©alitĂ© ou de perfection interne qu’une idĂ©e fausse, et qui permet d’affirmer qu’il y a entre l’idĂ©e vraie et la fausse la mĂŞme relation qu’entre l’être et le non ĂŞtre16. C’est Ă elle que le § 70 du TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement se rĂ©fère quand il affirme qu’il y a dans les idĂ©es quelque chose de rĂ©el par quoi les vraies se distinguent des fausses », ce quelque chose de rĂ©el » consistant dans la possession effective d’un savoir concernant ce qu’on affirme. Cela lie indissolublement, comme nous le verrons par la suite, le concept spinoziste de vĂ©ritĂ© au concept de savoir. Comment ce rapport de complĂ©mentaritĂ© est-il possible ? 17 Bien que la substitution de l’énoncĂ© dĂ©finitionnel par l’axiomatique ne soit pas dĂ©pourvue d’import ... 23Si la vĂ©ritĂ© de l’idĂ©e vraie Ă©tait rĂ©duite Ă la dimension extrinsèque, il semble bien que nous serions contraints d’adopter l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ©, selon laquelle une idĂ©e est vraie parce qu’elle s’accorde Ă son Dans ce cas, c’est l’objet qui rend l’idĂ©e vraie, c’est la prĂ©sence d’une rĂ©alitĂ© extĂ©rieure qui est la norme de la vĂ©ritĂ© de l’idĂ©e. On voit bien que cela est tout Ă fait contraire Ă la thèse spinoziste selon laquelle la vĂ©ritĂ© est norme d’elle mĂŞme et du faux », et qu’ainsi, celle-ci ne pouvant pas ĂŞtre fondĂ©e sur la dĂ©nomination extrinsèque de l’idĂ©e vraie et la dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© Ă elle attachĂ©e, elle devra ĂŞtre fondĂ©e sur la dĂ©nomination intrinsèque de l’idĂ©e vraie. L’adaequatio devra fournir un aspect complĂ©mentaire Ă la dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© qui fonctionne aussi comme norme de la vĂ©ritĂ©. 24Si je dis aspect complĂ©mentaire », c’est pour souligner encore une fois que cela ne signifie pas qu’il faille exclure la dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ©. Celle-ci affirme simplement que l’idĂ©e vraie s’accorde Ă son objet. Elle ne prĂ©cise pas en quoi consiste cet accord ni non plus quel est, parmi les termes en rapport, celui qui rend l’idĂ©e vraie. L’interprĂ©tation rĂ©aliste de cette dĂ©finition va plus loin parce qu’elle affirme que c’est exclusivement Ă l’objet qu’il appartient la fonction de rendre l’idĂ©e vraie. On peut nĂ©anmoins maintenir cette dĂ©finition tout en excluant l’interprĂ©tation rĂ©aliste. Dans ce cas, il faudra dire que l’idĂ©e vraie, Ă©tant intrinsèquement vraie adĂ©quate, doit s’accorder avec son objet, c’est-Ă -dire doit avoir aussi la dĂ©nomination extrinsèque. Seule l’exclusion de l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale peut rendre compatible les deux aspects de l’idĂ©e vraie. 25Ces considĂ©rations permettent d’avancer dans la comprĂ©hension de l’emploi du mot debet » dans la formulation de l’axiome VI de l’Éthique I. D’après ce qui a Ă©tĂ© dit, cet axiome doit ĂŞtre interprĂ©tĂ© comme l’équivalent de la formule suivante 261 Si une idĂ©e est vraie intrinsèquement vraie, adĂ©quate, alors elle s’accorde nĂ©cessairement avec son objet ». 27Et non comme l’équivalent de la formule suivante 282 Si une idĂ©e s’accorde avec son objet, alors elle est nĂ©cessairement vraie ». 18 TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement, tr. A. KoyrĂ©, J. Vrin, Paris, 1984, note 69, p. 107. 29Cela veut dire que si une idĂ©e vraie s’accorde avec son objet, elle le fait, comme le dit A. KoyrĂ©, vi propria ; elle s’y accorde parce qu’elle est vraie et non inversement »18. Le mot debet » exprime le fait, pour la dĂ©nomination extrinsèque, d’être une consĂ©quence nĂ©cessaire de la puissance intrinsèque de la pensĂ©e vraie. Cela signifie que, dans le rapport de complĂ©mentaritĂ© entre convenientia et adaequatio, il y a subordination de la première Ă la seconde. 30Cette lecture, qui exclut le caractère rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale, peut ĂŞtre renforcĂ©e par l’analyse du deuxième exemple donnĂ© dans le § 69, qui concerne l’affirmation de l’existence de Pierre. Selon ce passage, la simple rencontre fortuite entre un Ă©tat de choses et l’affirmation qui le reprĂ©sente n’est pas une condition suffisante pour que cette affirmation puisse ĂŞtre qualifiĂ©e de vraie. La simple existence fortuite de l’état de choses affirmĂ© ne rend pas l’idĂ©e vraie. Par contre, cette mĂŞme affirmation, faite par celui qui sait avec certitude que Pierre existe », c’est-Ă -dire liĂ©e Ă une idĂ©e adĂ©quate qui porte en soi la totalitĂ© des causes ou raisons de ce qu’on affirme, recevra lĂ©gitimement ce prĂ©dicat. Seule une affirmation connectĂ©e au système de raisons qui la justifient peut ĂŞtre vraie. 19 GII/124. 31Ainsi, pour Spinoza, il n’y a de proposition vraie sur une chose que si elle consiste dans un savoir certain sur cette chose. Dans la connaissance vraie, il y a un rapport indissociable entre ce qui est affirmĂ© et les raisons par lesquelles cela est affirmĂ©, ce qui conduit Spinoza Ă soutenir, dans l’Éthique II, Proposition XLIII, scolie, qu’ avoir une idĂ©e vraie ne signifie rien, sinon connaĂ®tre une chose parfaitement ou le mieux possible »19. 32 Parfaitement ou le mieux possible » dĂ©signe la forme par laquelle la chose est connue, le processus d’engendrement de la connaissance. Et dès lors que ce processus ne reste pas Ă©tranger Ă la vĂ©ritĂ© de l’affirmation Ă laquelle il conduit, mais fait partie intĂ©grante de la signification mĂŞme de sa vĂ©ritĂ©, il n’est pas possible qu’une affirmation soit vraie si elle est dĂ©pourvue de cette forme, si donc elle n’est pas la connaissance parfaite de son objet. L’indissociabilitĂ© entre l’opĂ©ration rationnelle qui fonde et justifie une certaine affirmation et la vĂ©ritĂ© de cette affirmation, l’immanence du processus dĂ©monstratif Ă la vĂ©ritĂ©, signifie que le rejet de l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale s’accompagne, chez Spinoza, de l’exclusion consĂ©cutive de ce que M. Dummett a appelĂ© de principe de connaissance », selon lequel un Ă©noncĂ© peut ĂŞtre vrai mĂŞme si l’on ne peut pas connaĂ®tre ce qui le rend vrai ». Spinoza soutient ainsi une certaine conception Ă©pistĂ©mique de la vĂ©ritĂ©. 20 Pour cette interprĂ©tation de M. Dummett, voir R. Landim A interpretação realista da definição n ... 33Le rĂ©alisme, selon Dummett, peut ĂŞtre caractĂ©risĂ© par la conjonction du principe de correspondance » si un Ă©noncĂ© est vrai il doit y avoir quelque chose en vertu de laquelle il est vrai » ; du principe de bivalence » tout Ă©noncĂ© est vrai ou faux d’une manière dĂ©terminĂ©e » ; et du principe de connaissance » si un Ă©noncĂ© est vrai, il doit ĂŞtre, en principe, possible de connaĂ®tre qu’il est vrai ». Or, dans la mesure oĂą les limites de la connaissance humaine ne dĂ©terminent pas les limites de toute connaissance possible, ce principe peut ĂŞtre interprĂ©tĂ© comme affirmant que quelque chose peut rendre vrai un Ă©noncĂ© sans que nous puissions l’identifier. Il peut, par consĂ©quent, ĂŞtre reformulĂ© de la façon suivante les conditions de vĂ©ritĂ© d’un Ă©noncĂ© peuvent ĂŞtre remplies indĂ©pendamment de notre capacitĂ© de savoir si elles sont ou non remplies ». Le rĂ©alisme, ainsi caractĂ©risĂ©, Ă©tablit une nette sĂ©paration entre le fait pour un Ă©noncĂ© d’être vrai et les raisons qui permettent de le considĂ©rer comme tel, puisqu’il est possible qu’un Ă©noncĂ© soit vrai et qu’on ne puisse pas le dĂ©montrer20. Nous voyons ainsi que le rejet spinoziste de cette sĂ©paration, prĂ©sent dans le § 69 du TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement, s’accorde bien avec son rejet de l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ©. 21 Éthique II, Proposition III. 22 Ibid, Proposition VI, corollaire. 23 Cette inspiration est nettement prĂ©sente dans la thĂ©orie de la dĂ©finition gĂ©nĂ©tique formulĂ©e dans l ... 34Il faut nĂ©anmoins souligner que l’exclusion de l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ© ne fait pas de Spinoza un idĂ©aliste. D’après lui, jamais l’être des choses ne se rĂ©duit au fait pour elles d’être pensĂ©es. MĂŞme si tout ce qui existe est nĂ©cessairement l’objet d’une idĂ©e en Dieu21, ce n’est pas cela qui constitue l’être formel de l’objet, car Spinoza exclut catĂ©goriquement l’hypothèse d’un entendement crĂ©ateur22. Sa position pourrait ĂŞtre caractĂ©risĂ©e comme celle d’un rĂ©aliste mĂ©taphysique qui, en vertu de son inspiration constructiviste23, refuse le rĂ©alisme Ă©pistĂ©mologique. Cela signifie que tout en acceptant l’existence indĂ©pendante d’une rĂ©alitĂ© extĂ©rieure Ă la pensĂ©e, Spinoza nie la fonction de cette rĂ©alitĂ© dans la production des idĂ©es ainsi que dans la dĂ©termination par soi seule de leur valeur de vĂ©ritĂ©. 24 Éthique II, Proposition XL, scolie 2. 35Le fameux exemple de la quatrième proportionnelle, utilisĂ© par Spinoza pour illustrer aussi bien les diffĂ©rences entre les modes de perception du TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement § 23 et 24 que les genres de connaissance de l’Éthique24, illustre bien ce lien indissociable entre ce qu’on affirme et les raisons qui prouvent ce qu’on affirme dans l’idĂ©e vraie. En effet, le mĂŞme rĂ©sultat peut ĂŞtre atteint par des procĂ©dĂ©s cognitifs qui divergent qualitativement, et cette divergence quant Ă la manière de parvenir au rĂ©sultat permet de poser les uns et d’exclure les autres de la sphère de la vĂ©ritĂ©. 36La simple application aveugle d’une règle qu’on a apprise par ouĂŻ-dire mais dont la raison nous Ă©chappe premier mode de perception, ou qui a Ă©tĂ© trouvĂ©e par des expĂ©riences particulières non guidĂ©es par la raison, et gĂ©nĂ©ralisĂ©e ensuite d’une façon abusive, sans que nous puissions comprendre la validitĂ© de la règle et la nĂ©cessitĂ© du rĂ©sultat obtenu second mode de perception, conduit Ă des affirmations gratuites et incertaines qui ne peuvent pas ĂŞtre qualifiĂ©es de vraies. MĂŞme si l’application de la règle nous mène au rĂ©sultat correct », la simple impossibilitĂ© de rendre compte du chemin qui y conduit l’exclut de la vĂ©ritĂ©. Ces modes de perception, qui font partie du premier genre de connaissance dans l’Éthique, sont inadĂ©quats et par consĂ©quent non-vrais. 25 Il est important de rapprocher cette distinction intrinsèque, du point de vue de la vĂ©ritĂ©, entre s ... 37Par contre, l’application de la règle comprise Ă partir des propriĂ©tĂ©s communes des nombres proportionnels troisième mode de perception, second genre de connaissance, ou l’infĂ©rence directe de la quatrième proportionnelle Ă partir de l’intuition du rapport entre le premier et le second nombre quatrième mode de perception, troisième genre de connaissance, Ă©tant de procĂ©dĂ©s qui peuvent rendre compte du chemin qui les mène nĂ©cessairement au rĂ©sultat, appartiennent Ă la sphère de la vĂ©ritĂ©. Ainsi, il ne suffit pas de suivre aveuglĂ©ment une règle qui nous mène au rĂ©sultat correct pour Ă©noncer des propositions vraies. Il faut aussi comprendre la nĂ©cessitĂ© de la règle, cette comprĂ©hension Ă©tant la condition mĂŞme pour la comprĂ©hension de la nĂ©cessitĂ© du rĂ©sultat25. Comparaison avec Descartes 38Pour mieux saisir l’originalitĂ© de la pensĂ©e de Spinoza, il est intĂ©ressant de rapprocher ce qu’il affirme dans le § 69 du TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement de ce que Descartes soutient dans ses MĂ©ditations MĂ©taphysiques. 39Nous trouvons dans les MĂ©ditations deux passages qui illustrent la position de Descartes Ă propos du principe de connaissance ». Le premier se trouve au dĂ©but de la Troisième MĂ©ditation 26 AT-VII-35 AT » renvoie aux Ĺ“uvres de Descartes, Ă©d. Charles Adam et Paul Tannery, Paris, LĂ©opold ... Mais il y avait encore une autre chose que j’assurais, et qu’à cause de l’habitude que j’avais Ă la croire, je pensais apercevoir très clairement, quoique vĂ©ritablement je ne l’aperçusse point, Ă savoir qu’il y avait des choses hors de moi, d’oĂą procĂ©dait ces idĂ©es, et auxquelles elles Ă©taient tout Ă fait semblables. Et c’était en cela que je me trompais ; ou, si peut-ĂŞtre je jugeais selon la vĂ©ritĂ©, ce n’était aucune connaissance que j’eusse, qui fĂ»t cause de la vĂ©ritĂ© de mon jugement si verum judicabam, id non ex vi meae percepcionis contingebat26. 40Dans ce passage Descartes admet que si ce qu’il assurait s’accordait effectivement avec la rĂ©alitĂ©, son jugement serait vrai, malgrĂ© l’absence d’une perception claire et distincte de ce qu’il affirmait. Son jugement serait vrai non par la force ex vi de sa perception, mais, pourrait-on dire, grâce Ă une rencontre hasardeuse avec la rĂ©alitĂ©. Son hĂ©sitation c’était en cela que je me trompais ; ou, si peut-ĂŞtre je jugeais selon la vĂ©ritĂ©... » ne porte pas sur la lĂ©gitimitĂ© de considĂ©rer un jugement de ce type comme vrai, mais plutĂ´t sur la possibilitĂ© de reconnaĂ®tre ou dĂ©terminer cette vĂ©ritĂ©. Le jugement serait, absolument parlant, vrai, mais l’absence de clartĂ© et de distinction l’empĂŞcherait de connaĂ®tre sa vĂ©ritĂ©. 41Spinoza, quant Ă lui, n’hĂ©site pas Ă considĂ©rer un tel jugement, de par l’absence mĂŞme d’une perception adĂ©quate de ce qui est affirmĂ©, comme Ă©tant hors de la sphère des jugements vrais. Et cela mĂŞme si ce qu’il affirme s’accorde avec la rĂ©alitĂ©. Pour lui, un jugement dont la vĂ©ritĂ© ne dĂ©pend en rien de la puissance explicative de la pensĂ©e ne peut pas ĂŞtre qualifiĂ© de vrai ». Sa seule hĂ©sitation, dont j’indiquerai ensuite le sens possible, porte sur la façon de dĂ©signer ce jugement, hĂ©sitant entre les prĂ©dicats faux » et non-vrai » sa pensĂ©e...est fausse ou, si l’on prĂ©fère, n’est pas vraie, encore que Pierre existe effectivement. » 42Chez Descartes, l’absence de clartĂ© et de distinction, c’est-Ă -dire du critère de vĂ©ritĂ©, empĂŞche la reconnaissance de la vĂ©ritĂ©, mais le jugement reste, malgrĂ© cela, vrai. Il y a dissociation entre ce qui identifie et ce qui rend un jugement vrai. Chez Spinoza, l’absence d’adĂ©quation, c’est-Ă -dire de la propriĂ©tĂ© intrinsèque de l’idĂ©e vraie, empĂŞche que le jugement puisse ĂŞtre, au sens pleinement spinoziste, vrai, et a fortiori qu’il puisse y avoir une reconnaissance quelconque de sa vĂ©ritĂ©. 43L’autre passage de Descartes se trouve dans la Quatrième MĂ©ditation, dans le contexte d’une discussion Ă propos du bon usage du libre arbitre 27 AT-IX-48. Or si je m’abstiens de donner mon jugement sur une chose, lorsque je ne la conçois pas avec assez de clartĂ© et de distinction, il est Ă©vident que j’en use fort bien, et que je ne suis point trompĂ© ; mais si je me dĂ©termine Ă la nier, ou assurer, alors je ne me sers plus comme je dois de mon libre arbitre ; et si j’assure ce qui n’est pas vrai, il est Ă©vident que je me trompe ; mĂŞme aussi, encore que je juge selon la vĂ©ritĂ©, cela n’arrive que par hasard, et je ne laisse pas de faillir...27 44Ici Descartes affirme clairement qu’un jugement qui s’accorderait par hasard avec la rĂ©alitĂ© ne laisserait pas d’être un jugement vrai. S’il le rapproche d’un jugement faux, il ne va pas jusqu’à le qualifier de faux ou de non-vrai, comme le fait Spinoza. Ce rapprochement vise Ă attirer l’attention sur le fait qu’un jugement qui par hasard se trouve ĂŞtre vrai renvoie, tout comme un jugement faux, Ă un mauvais usage du libre arbitre. Mais ce jugement ne laisse pas d’être vrai, mĂŞme s’il trouve Ă sa racine le mĂŞme mauvais usage du libre arbitre qui engendre la faussetĂ©. Nous voyons ainsi comment chez Descartes, contrairement Ă ce qui se passe chez Spinoza, c’est bien la prĂ©sence de l’objet qui a la fonction de rendre le jugement vrai et comment l’absence d’évidence ne le rend pas faux mais seulement douteux. Cela montre que l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale s’accompagne du principe de connaissance », et que l’exclusion de l’un entraĂ®ne celle de l’autre. Le refus du principe de bivalence » et le problème de la valeur de vĂ©ritĂ© de l’imagination 45En consonance avec le refus de l’interprĂ©tation rĂ©aliste du principe de correspondance et du principe de connaissance, l’hĂ©sitation de Spinoza entre les prĂ©dicats faux » et non-vrai » dans le § 69 suggère encore, au moins implicitement, une possible rupture avec le principe de bivalence, faisant basculer ainsi la dichotomie traditionnelle du vrai et du faux. En effet, dans ce paragraphe du TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement, Spinoza suggère une distinction entre trois valeurs de vĂ©ritĂ© le vrai, le non-vrai et le faux. Cette tripartition entraĂ®ne une asymĂ©trie dans les rapports entre adĂ©quation et vĂ©ritĂ©, d’une part, et inadĂ©quation et faussetĂ©, d’autre part. Si toute idĂ©e adĂ©quate est nĂ©cessairement vraie et vice-versa, cette rĂ©ciprocitĂ© n’arrive point dans le rapport entre inadĂ©quation et faussetĂ©. Bien que toute idĂ©e fausse soit nĂ©cessairement inadĂ©quate, toute idĂ©e inadĂ©quate n’est pas nĂ©cessairement fausse, sans que cela signifie que ces idĂ©es soient vraies. Dans ce cas, le fait pour une idĂ©e de ne pas ĂŞtre vraie n’implique pas qu’elle soit fausse. La ligne de partage essentielle se fait entre l’idĂ©e adĂ©quate et l’idĂ©e inadĂ©quate, celle-ci pouvant ĂŞtre fausse ou simplement non-vraie. 28 Cf. G. H. R. Parkinson, Truth Is Its Own Standard Aspects of Spinoza’s Theory of Truth », in Sh ... 29 Éthique II, Proposition XLI, dĂ©monstration, et Proposition XXVIII. 30 Ibid., Proposition XLI. 31 Éthique II, Proposition XVII, scolie et Proposition XLIX, scolie. 32 Éthique IV, Proposition I, dĂ©monstration et scolie. 46Certains interprètes ont signalĂ© la prĂ©sence de cette distinction dans le § 69, tout en affirmant ensuite qu’il n’y en a aucune trace dans l’Éthique28. NĂ©anmoins, je voudrais juste indiquer, pour finir, comment cette distinction entre l’idĂ©e inadĂ©quate non-vraie et l’idĂ©e inadĂ©quate fausse permet d’éclaircir d’une manière satisfaisante une ambiguĂŻtĂ© prĂ©sente dans les affirmations de l’Éthique concernant le rapport entre la faussetĂ© et la connaissance imaginative, connaissance qui est constituĂ©e exclusivement par des idĂ©es qui sont toujours inadĂ©quates et confuses29. En effet, Spinoza affirme, d’une part, que cette connaissance est l’unique cause de la faussetĂ©30. D’autre part, il affirme que les imaginations de l’Âme, considĂ©rĂ©es en elles-mĂŞmes, ne contiennent aucune erreur »31 ; ou encore, que la prĂ©sence d’une idĂ©e vraie peut supprimer l’erreur causĂ©e par une connaissance imaginative sans supprimer ce qu’il y a de positif dans cette mĂŞme connaissance32. Or, il est extrĂŞmement significatif que dans l’Éthique Spinoza ne qualifie jamais de vraie une idĂ©e imaginative. Dans ce dernier passage, mĂŞme s’il lui arrive de parler d’une positivitĂ© de l’idĂ©e imaginative qui n’est pas fausse, il ne va pas jusqu’à qualifier cette idĂ©e, dans son rapport Ă l’âme humaine, comme vraie, ce qu’il n’aurait pas pu faire s’il n’avait pas distinguĂ© entre l’idĂ©e inadĂ©quate non-vraie et l’idĂ©e inadĂ©quate fausse. 33 Pour la distinction entre l’objet directement reprĂ©sentĂ© et l’objet indirectement reprĂ©sentĂ© par l’ ... 34 Éthique II, Proposition XXVIII. 35 Bien entendu, ce n’est pas par l’idĂ©e inadĂ©quate que nous pouvons savoir qu’elle s’accorde avec l’a ... 36 Cette idĂ©e est l’équivalent Ă©pistĂ©mique de la passion joyeuse. Celle-ci naĂ®t d’un accord entre des ... 47Si nous nous rappelons que les idĂ©es inadĂ©quates de l’imagination sont les idĂ©es des affections du corps humain causĂ©es par les corps extĂ©rieurs, et que ces idĂ©es, qui indiquent directement l’état du corps humain, nous permettent aussi de percevoir indirectement la cause extĂ©rieure de cet Ă©tat33, nous constaterons que l’idĂ©e inadĂ©quate non-vraie est celle qui, tout en s’accordant, grâce au parallĂ©lisme, avec son corrĂ©lat physique, Ă savoir l’affection du corps, ne l’indique que très confusĂ©ment. Bien qu’elle s’accorde avec l’affection, elle ne peut pas l’expliquer par ses causes. En effet, l’affection du corps est dĂ©terminĂ©e par une sĂ©rie infinie de causes finies. Dans la mesure oĂą l’âme humaine n’est qu’une partie de l’entendement infini de Dieu, elle n’est pas capable de connaĂ®tre la totalitĂ© infinie de cette sĂ©rie. Ainsi, l’idĂ©e d’affection, considĂ©rĂ©e exclusivement dans son rapport Ă l’âme humaine, est nĂ©cessairement comme une consĂ©quence dĂ©tachĂ©e de ses prĂ©misses », c’est-Ă -dire inadĂ©quate et confuse34. Son inadĂ©quation irrĂ©ductible est suffisante pour l’exclure de la vĂ©ritĂ©, tandis que son accord fortuit », c’est-Ă -dire non justifiĂ© par l’idĂ©e35, avec son corrĂ©lat physique, sans ĂŞtre suffisant pour la dĂ©terminer comme vraie, suffit pour l’exclure de la faussetĂ©36. L’idĂ©e inadĂ©quate fausse, pour sa part, est l’idĂ©e d’affection qui, outre son inadĂ©quation et confusion, ne s’accorde pas Ă l’objet indirect auquel elle renvoie le corps extĂ©rieur qui est cause de l’affection. Si Spinoza soutenait exclusivement une thĂ©orie de la vĂ©ritĂ© comme correspondance, il devrait dĂ©signer le premier aspect des idĂ©es imaginatives comme vrai, ce qu’il ne fait pas. S’il soutenait exclusivement une certaine conception de la vĂ©ritĂ© comme cohĂ©rence, l’inadĂ©quation coĂŻnciderait avec la faussetĂ©, et il ne pourrait pas se rĂ©fĂ©rer Ă la positivitĂ© des idĂ©es inadĂ©quates de l’imagination, ce qu’il fait pourtant. Mais, si la vĂ©ritĂ© naĂ®t de la conjonction entre adĂ©quation et correspondance, conjonction rendue possible par l’exclusion de l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ©, il est possible de considĂ©rer comme fausse l’idĂ©e inadĂ©quate qui ne s’accorde pas avec son objet indirect, et simplement comme non-vraie celle qui s’accorde avec son objet direct. 48Ainsi, nous pouvons conclure que c’est l’exclusion de l’interprĂ©tation rĂ©aliste de la dĂ©finition nominale de la vĂ©ritĂ© et, d’une manière plus gĂ©nĂ©rale, la tendance Ă refuser les principes du rĂ©alisme Ă©pistĂ©mologique, qui permet Ă la pensĂ©e spinoziste de dissoudre la tension signalĂ©e par F. AlquiĂ© et de rendre compatible les deux propriĂ©tĂ©s de l’idĂ©e vraie. Il reste toutefois que rendre compatibles ces deux propriĂ©tĂ©s n’est pas encore montrer la nĂ©cessitĂ© de leur liaison. Pour expliciter comment et pourquoi la convenientia est une propriĂ©tĂ© nĂ©cessairement liĂ©e Ă l’adaequatio, il faudrait examiner la doctrine du parallĂ©lisme et la fonction exercĂ©e par la substance absolue comme fondement de la complĂ©mentaritĂ© entre les deux aspects de la vĂ©ritĂ©. Cette tâche, nĂ©anmoins, dĂ©passe largement les objectifs et limites de cet article. Landim, R., A interpretação realista da definição nominal da verdade », Manuscrito, volume VI, n° 2, abril 1983. Haut de page Bibliographie AlquiĂ©, F., Le Rationalisme de Spinoza, PUF, coll. ÉpimĂ©thĂ©e, Paris, 1981. Curley, E., Spinoza’s Metaphysics An Essay in interpretation, Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1969. Curley, E., Spinoza on Truth », Australasian Journal of Philosophy, vol. 72, n° 1, March 1994. Descartes, R., Ĺ’uvres Philosophiques, Ă©d. F. AlquiĂ©, 3 tomes, Garnier, Paris, 1973. Descartes, R., Ĺ“uvres de Descartes, Ă©d. Charles Adam et Paul Tannery, Paris, LĂ©opold Cerf, 1897-1909 ; rééd. Vrin-CNRS, 11 vol., 1964-1974. Dummett, M., Philosophie de la Logique, Éditions de Minuit, coll. Propositions, Paris, 1991. Gleizer, M. A., Verdade e certeza em Espinosa, ed. L & PM, Porto Alegre, 1999. Gleizer, M. A., Imaginação, Verdade e Falsidade na Ética de Espinosa ; dissertação de mestrado defendida no departamento de Filosofia da UFRJ, Rio de Janeiro, 1987 inĂ©dita. Landim, R., La notion de vĂ©ritĂ© dans l’Éthique de Spinoza », in Groupe de recherches spinozistes n° 2, Paris, 1989. Landim, R., Significado e verdade », SĂntese, nÂş 32, dezembro 1984. Parkinson, G. H. R., Truth Is Its Own Standard Aspects of Spinoza’s Theory of Truth », in Shahan and Biro eds., Spinoza New Perspectives, University of Oklahoma Press, 1978. Della Rocca, M., Representation and the Mind-Body Problem in Spinoza ; Oxford University Press, 1996. Spinoza, B., Spinoza Opera, ed. Carl Gebhardt, 5 vol., Heidelberg, Carl Winters, 1924. Spinoza, B., Éthique, prĂ©sentĂ© et traduit par Bernard Pautrat, Éditions du Seuil, Paris, 1999. Spinoza, B., Éthique, Ă©dition bilingue, trad. et notes de Ch. Appuhn, J. Vrin, Paris, 1983. Spinoza, B., TraitĂ© de la RĂ©forme de l’Entendement, trad. de A. KoyrĂ©, J. Vrin, Paris, 1984. Haut de page Notes 1 Il [Cherbury] examine ce que c’est que la vĂ©ritĂ© ; et pour moi, je n’en ai jamais doutĂ©, me semblant que c’est une notion si transcendantalement claire, qu’il est impossible de l’ignorer en effet, on a bien des moyens pour examiner une balance avant que de s’en servir, mais on n’en aurait point pour apprendre ce que c’est que la vĂ©ritĂ©, si on ne la connaissait de nature. Car quelle raison aurions-nous de consentir Ă ce qui nous l’apprendrait, si nous ne savions qu’il fĂ»t vrai, c’est-Ă -dire, si nous ne connaissions la vĂ©ritĂ© ? Ainsi on peut bien expliquer quid nominis Ă ceux qui n’entendent pas la langue, et leur dire que ce mot vĂ©ritĂ©, en sa propre signification, dĂ©note la conformitĂ© de la pensĂ©e avec l’objet, mais lorsqu’on l’attribue aux choses qui sont hors de la pensĂ©e, il signifie seulement que ces choses peuvent servir d’objets Ă des pensĂ©es vĂ©ritables, soit aux nĂ´tres, soit Ă celles de Dieu; mais on ne peut donner aucune dĂ©finition de logique qui aide Ă connaĂ®tre sa nature » R. Descartes, Ĺ’uvres Philosophiques, Ă©d. F. AlquiĂ©, Garnier, Paris, 1973, t. II, p. 144. 2 Cf. chap. XV, deuxième partie. GI/78 G » renverra toujours Ă Spinoza Opera, Ă©d. Carl Gebhardt, 5 vol., Heidelberg, Carl Winters, 1924. 3 Éthique II, Proposition XLIII, scolie. GII/124. 4 R. Landim, La notion de vĂ©ritĂ© dans l’Éthique de Spinoza », in Groupe de recherches spinozistes n° 2, Paris, 1989, p. 123. Il faut remarquer que Landim semble distinguer dans son article entre ce qui constitue proprement la vĂ©ritĂ© la correspondance et ce qui nous permet de la reconnaĂ®tre la cohĂ©rence, puisqu’il affirme que la cohĂ©rence est ce par quoi la vĂ©ritĂ© s’impose Ă l’homme comme correspondance. Bref, au lieu d’une coexistence entre deux thĂ©ories de la vĂ©ritĂ©, il s’agit plutĂ´t d’une distinction entre la dĂ©finition et le critère de vĂ©ritĂ©. Or, si l’on pose que la correspondance Ă©puise la dĂ©finition de la vĂ©ritĂ©, Ă©tant donnĂ©e l’impossibilitĂ© de comparer l’idĂ©e avec son objet pour vĂ©rifier la satisfaction de cet accord, il faudra chercher une propriĂ©tĂ© intrinsèque Ă la pensĂ©e qui puisse lĂ©gitimement l’attester. Dans ce cas, nĂ©anmoins, cette propriĂ©tĂ© sera distincte de la propriĂ©tĂ© d’être vraie et il y aura dissociation entre ce qui rend et ce qui identifie une idĂ©e vraie. Nous sommes ainsi ramenĂ©s Ă la position cartĂ©sienne du problème de la vĂ©ritĂ©. La dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© Ă©tant transcendentalement claire », le problème consiste Ă trouver un critère ou signe de la vĂ©ritĂ© et Ă prouver sa validitĂ©. Par contre, si, comme le fait Spinoza, la propriĂ©tĂ© intrinsèque de la pensĂ©e vraie est posĂ©e comme faisant partie de la dĂ©finition mĂŞme de la vĂ©ritĂ©, c’est-Ă -dire s’il n’y a pas de vĂ©ritĂ© sans justification rationnelle seule l’idĂ©e adĂ©quate qui porte en elle la complĂ©tude de ses causes ou raisons peut ĂŞtre vraie, alors on peut dire que cette propriĂ©tĂ© non seulement permet la reconnaissance de la vĂ©ritĂ© mais aussi qu’elle appartient Ă la nature de l’idĂ©e vraie raison pour laquelle celle-ci n’a pas besoin d’un signe extrinsèque pour ĂŞtre reconnue. C’est pour cette raison qu’au lieu de parler de coexistence entre deux thĂ©ories de la vĂ©ritĂ©, je parlerai de complĂ©mentaritĂ© entre l’adaequatio cohĂ©rence et la convenientia correspondance dans la constitution du concept spinoziste de vĂ©ritĂ©. 5 F. AlquiĂ©, Le Rationalisme de Spinoza, PUF, coll. ÉpimĂ©thĂ©e, Paris, 1981, p. 212. 6 Ce sont ceux, comme S. Hampshire ou H. Joachim, qui considèrent que Spinoza soutient exclusivement la conception de la vĂ©ritĂ© comme cohĂ©rence. 7 Ce sont ceux, comme E. Curley ou J. Bennett, pour lesquels Spinoza adopte exclusivement la conception de la vĂ©ritĂ© comme correspondance. Cette position, adoptĂ©e par Curley dans son livre Spinoza’s Metaphysics p. 56, p. 122‑126, a Ă©tĂ© revue dans son article Spinoza on Truth », in Australasian Journal of Philosophy, vol. 72, no 1, March 1994. Dans cet article, il soutient l’existence dans la pensĂ©e de Spinoza de tendances en conflit » entre la thĂ©orie de la vĂ©ritĂ© comme correspondance et une certaine version de la thĂ©orie de la vĂ©ritĂ© comme cohĂ©rence. 8 En particulier, il n’est pas possible de dĂ©velopper ici l’analyse dĂ©taillĂ©e de la notion d’idĂ©e adĂ©quate Ă©laborĂ©e par Spinoza dans le TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement et dans l’Éthique, ni de justifier l’interprĂ©tation adoptĂ©e de cette notion comme renvoyant Ă une affirmation connectĂ©e au système de raisons qui la prouvent et, par lĂ , Ă une certaine version de la thĂ©orie de la vĂ©ritĂ© comme cohĂ©rence. Pour ces analyses et cette justification je renvoie au deuxième chapitre de mon livre Verdade e Certeza em Espinosa Ed. L & PM, Porto Alegre, 1999. 9 Éthique I, axiome VI. 10 Je ne reconnais aucune diffĂ©rence entre l’idĂ©e vraie et l’idĂ©e adĂ©quate, sinon que le mot “vraie” se rapporte seulement Ă l’accord de l’idĂ©e avec son objet, tandis que le mot “adĂ©quate” se rapporte Ă la nature de l’idĂ©e mĂŞme » GIV/270. 11 GII/26. 12 Cf. Éthique I, Proposition VIII, scolie 2 ; Éthique II, Proposition VIII ; Éthique V, Proposition XXIX, scolie. 13 Selon Spinoza, le contraste entre l’existence Ă©ternelle et l’existence temporelle n’est pas un contraste entre l’existence possible et l’existence actuelle, mais entre deux types d’existence actuelle. L’actualitĂ© Ă©ternelle de l’essence d’un mode fini qui n’existe pas dans le temps n’est que la propriĂ©tĂ© actuelle qui appartient Ă l’attribut divin de produire nĂ©cessairement ce mode quand les conditions sont remplies. Cette propriĂ©tĂ© est une combinaison particulière des lois de la nature. 14 Cf. les § 41, § 42, § 85, § 91 et § 99. 15 Cf. Éthique II, Propositions XXXII et XXXIV ; Proposition XLI, dĂ©monstration ; Proposition XLIII, dĂ©monstration. 16 Cf. ibid., Proposition XLIII, scolie. 17 Bien que la substitution de l’énoncĂ© dĂ©finitionnel par l’axiomatique ne soit pas dĂ©pourvue d’importance, elle ne signifie pas la suppression de la correspondance comme l’un des Ă©lĂ©ments constitutifs de la conception spinoziste de la vĂ©ritĂ©. Pour cette raison, et pour faciliter l’exposition, j’ai pris la libertĂ© de maintenir la dĂ©signation traditionnelle de dĂ©finition nominale pour renvoyer Ă cet Ă©lĂ©ment. 18 TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement, tr. A. KoyrĂ©, J. Vrin, Paris, 1984, note 69, p. 107. 19 GII/124. 20 Pour cette interprĂ©tation de M. Dummett, voir R. Landim A interpretação realista da definição nominal da verdade », Manuscrito, n° 2, avril 1983 ; et Significado e verdade », SĂntese, n° 32, dĂ©cembre 1984. 21 Éthique II, Proposition III. 22 Ibid, Proposition VI, corollaire. 23 Cette inspiration est nettement prĂ©sente dans la thĂ©orie de la dĂ©finition gĂ©nĂ©tique formulĂ©e dans le TraitĂ© de la rĂ©forme de l’entendement. 24 Éthique II, Proposition XL, scolie 2. 25 Il est important de rapprocher cette distinction intrinsèque, du point de vue de la vĂ©ritĂ©, entre suivre une règle en connaissant ou en ignorant sa nĂ©cessitĂ©, de ce que Spinoza soutient Ă propos de la distinction intrinsèque, du point de vue Ă©thique, entre la conduite du sage et celle de l’ignorant par rapport aux principes Ă©thiques. Le sage et l’ignorant peuvent avoir une mĂŞme conduite, accomplir une mĂŞme action d’un point de vue extĂ©rieur tout en Ă©tant radicalement distincts du point de vue de la dĂ©termination intĂ©rieure. Ainsi, l’un interprète une règle de vie comme une loi morale et est dĂ©terminĂ© Ă l’obĂ©ir par la peur du châtiment et l’espoir d’une rĂ©compense ; l’autre est au-dessus de la loi, c’est-Ă -dire qu’il est dĂ©terminĂ© Ă suivre cette règle de vie par la comprĂ©hension de la nĂ©cessitĂ© par laquelle elle est liĂ©e Ă ses effets immanents, et par la comprĂ©hension de son utilitĂ© comme moyen pour parvenir Ă la libertĂ© et au bonheur voir lettre XIX Ă Blyenbergh et Éthique IV, Propositions LIX et LXIII. Le premier est esclave des passions tristes engendrĂ©es par sa connaissance inadĂ©quate, l’autre est un homme libre qui agit dĂ©terminĂ© par sa connaissance adĂ©quate et par les affects actifs qui en dĂ©coulent joie et amour intellectuel. De mĂŞme qu’il ne suffit pas de parvenir Ă une conclusion correcte en suivant une règle dont on ignore la nĂ©cessitĂ© pour ĂŞtre dans la sphère de la vĂ©ritĂ©, de mĂŞme il ne suffit pas de conformer notre conduite Ă une loi dont on ignore la nĂ©cessitĂ© et l’utilitĂ© pour ĂŞtre dans la sphère de l’activitĂ© Ă©thique et de la libertĂ©. La simple conformitĂ©, Ă l’objet ou Ă la règle, dĂ©tachĂ©e des raisons qui la justifient, est Ă©galement insuffisante dans les deux cas. Ce rapprochement indique – sans que nous puissions l’approfondir ici – l’extrĂŞme importance qui sera accordĂ©e Ă la propriĂ©tĂ© intrinsèque de l’idĂ©e vraie adaequatio pour fonder la supĂ©rioritĂ© Ă©thique du sage face Ă l’ignorant. 26 AT-VII-35 AT » renvoie aux Ĺ“uvres de Descartes, Ă©d. Charles Adam et Paul Tannery, Paris, LĂ©opold Cerf, 1897‑1909 ; réédition Vrin-CNRS, 11 vol., 1964‑1974. 27 AT-IX-48. 28 Cf. G. H. R. Parkinson, Truth Is Its Own Standard Aspects of Spinoza’s Theory of Truth », in Shahan and Biro eds., Spinoza New Perspectives, University of Oklahoma Press, 1978, p. 44, et M. Della Rocca, Representation and the Mind-Body Problem in Spinoza, Oxford University Press, 1996, p. 109. 29 Éthique II, Proposition XLI, dĂ©monstration, et Proposition XXVIII. 30 Ibid., Proposition XLI. 31 Éthique II, Proposition XVII, scolie et Proposition XLIX, scolie. 32 Éthique IV, Proposition I, dĂ©monstration et scolie. 33 Pour la distinction entre l’objet directement reprĂ©sentĂ© et l’objet indirectement reprĂ©sentĂ© par l’idĂ©e d’affection, voir Éthique II, Proposition XVI, et ses deux corollaires. 34 Éthique II, Proposition XXVIII. 35 Bien entendu, ce n’est pas par l’idĂ©e inadĂ©quate que nous pouvons savoir qu’elle s’accorde avec l’affection, c’est-Ă -dire qu’elle indique effectivement la manière dont nous sommes affectĂ©s par les choses extĂ©rieures, mais par notre connaissance adĂ©quate de l’origine et de la nature de la connaissance imaginative. 36 Cette idĂ©e est l’équivalent Ă©pistĂ©mique de la passion joyeuse. Celle-ci naĂ®t d’un accord entre des individus qui se rencontrent, cet accord entre leurs natures Ă©tant cause de joie, c’est-Ă -dire d’une augmentation positive de puissance. NĂ©anmoins, cet accord et cette positivitĂ© ne sont pas suffisants pour caractĂ©riser ces individus comme des individus actifs, de mĂŞme que la positivitĂ© de l’idĂ©e inadĂ©quate et son accord fortuit » avec l’affection du corps ne sont pas suffisants pour la caractĂ©riser comme vraie. Haut de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence papier Marcos AndrĂ© GLEIZER, Remarques sur le problème de la vĂ©ritĂ© chez Spinoza », Philonsorbonne, 5 2011, 119-135. RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Marcos AndrĂ© GLEIZER, Remarques sur le problème de la vĂ©ritĂ© chez Spinoza », Philonsorbonne [En ligne], 5 2011, mis en ligne le 03 fĂ©vrier 2013, consultĂ© le 28 aoĂ»t 2022. URL ; DOI de page Droits d’auteur Tous droits rĂ©servĂ©sHaut de page
L’illusion de la vérité est le mécanisme par lequel nous finissons par croire que quelque chose est vrai alors qu’il ne l’est pas. En fait, non seulement nous finissons par croire. Nous défendons également notre point de vue en écartant toute possibilité de le considérer comme de l’illusion de la vérité se produit parce qu’il existe une défaillance dans notre manière de traiter la réalité. Nous avons tendance à qualifier ce qui nous est le plus familier comme étant vrai. Dès lors, tout ce qui se réfère à quelque chose que nous connaissons déjà nous semble plus expérience a été réalisée à ce sujet en 1977. 60 déclarations furent présentées à un groupe de volontaires. Il leur fut demandé de dire lesquelles étaient vraies ou fausses. Le même exercice fut répété successivement tous les 15 jours. Il fut alors constaté que les personnes considéraient comme vraies les déclarations qui leur avaient été faites auparavant, indépendamment du fait du caractère raisonnable ou non de ces dernières.“Un mensonge n’aurait aucun sens si la vérité n’était pas perçue comme dangereuse.” -Alfred Adler-L’illusion de la vérité et la mémoire impliciteApparemment, ce mécanisme d’illusion de la vérité fonctionne grâce à l’existence de la “mémoire implicite“. Dans l’expérience présentée ci-dessus, les participants ont qualifié de vraies les déclarations qu’ils avaient vues auparavant. Et ce, malgré le fait qu’il leur fut clairement précisé qu’elles étaient fausses. Simplement, dans la mesure où ils les percevaient comme “familières”, elles leur semblaient de la vérité se produit sans la collaboration de la mémoire explicite et consciente. Il s’agit d’un résultat direct de la mémoire implicite, un type de mémoire qui utilise les expériences antérieures pour l’exécution de tâches. Une stratégie de notre esprit pour économiser ses mémoire implicite est présente, par exemple, lorsque nous laçons nos chaussures. Au début, nous apprenons comment le faire et ensuite, nous effectuons cette opération mécaniquement. Si nous devons nouer quelque chose de différent des chaussures, nous utiliserons probablement la même technique, même s’il ne s’agit pas de la meilleure. En d’autres termes, nous avons tendance à créer des modèles pour les appliquer à différentes stratégie mentale s’applique également à des réalités plus abstraites telles que les idées, à l’origine de l’illusion de la vérité. Cela signifie que nous sommes davantage susceptibles de croire en une idée ou une façon de penser si elle est familière et coïncide avec les expériences que nous avons vécues. Bien que ce sentiment de familiarité ne doit pas nécessairement être lié à la véracité. D’où le danger et le risque de prendre des décisions de la vérité et la manipulationL’illusion de la vérité a de nombreux effets problématiques. Parmi eux, le fait de rendre réel le vieux slogan postulé par les nazis, lequel dit “Un mensonge répété mille fois devient une vérité“. Une déclaration répétée, même si elle est fausse, tend à être perçue comme vraie. La plupart des personnes n’ont aucun intérêt, et parfois pas les outils, pour vérifier si quelque chose est vrai ou réalité, l’illusion de la vérité est un raccourci que prend l’esprit pour éviter de faire plus d’efforts que nécessaire. Si nous devions examiner tout ce que nous pensons et faisons, nous finirions épuisés en moins d’une heure. Pourquoi est-il préférable de se lever le matin et non la nuit ? Devrions-nous prendre le petit-déjeuner ou plutôt ne rien manger au début de la journée ? Ce que nous mangeons au petit déjeuner, est-il adéquat ou le faisons-nous simplement par habitude ?Il est impossible de tout soumettre à l’évaluation, à rechercher systématiquement la vérité. C’est pourquoi notre cerveau nous aide et organise simplement des informations sur la base de ce que nous avons appris. Il s’agit d’une stratégie destinée à faciliter nos performances dans le logique n’est pas annuléeUn aspect important est que l’illusion de la vérité, aussi forte soit-elle, n’annule pas le raisonnement logique. Cela signifie que nous sommes toujours en mesure de mettre en oeuvre des processus qui nous permettent de comprendre ce qui est faux et ce qui est signifie également que le pouvoir de manipulation sur notre esprit est limité. Il ne nous piège à travers l’illusion de la vérité que lorsque nous décidons de ne pas utiliser d’autres facultés supérieures de raisonnement. Si nous décidons de les utiliser, l’illusion de la vérité s’en trouve nous pouvons le constater, il serait intéressant de nous interroger sur les aspects les plus importants de la réalité, de nous demander pourquoi nous croyons ce que nous croyons. Pensons-nous que quelque chose est vrai parce que nous l’avons entendu plusieurs fois ou est-ce vrai car nous avons suffisamment de preuves pour y croire ?Cela pourrait vous intéresser ...
peut on soutenir que la verité n existe pas